Le monde du football amateur et professionnel a vécu un moment d’une intense émotion lors du dernier week-end de compétition. Benjamin Lepaysant, figure emblématique de l’arbitrage normand, a officié lors de son ultime rencontre officielle, mettant ainsi un point final à une carrière riche de vingt années de passion, de rigueur et de dévouement sur les terrains. Ce départ à la retraite sportive ne s’est pas fait dans l’anonymat, bien au contraire. Pour couronner ce parcours exemplaire, ses pairs et les acteurs du football l’ont élu meilleur arbitre de l’année en National, le championnat de troisième division nationale. Cette distinction suprême vient saluer une régularité sans faille et un respect immense gagné auprès des joueurs et des entraîneurs.
Cependant, l’histoire de cet homme ne se limite pas aux lignes blanches d’un terrain de football. Son parcours de vie s’avère d’autant plus atypique et inspirant que cet arbitre reconnu par l’élite exerce également, depuis le mois de mars dernier, les fonctions de maire de sa propre commune. Il dirige en effet la municipalité de Biéville Beuville, une charmante localité de quatre mille habitants située à seulement quelques kilomètres de Caen, dans le département du Calvados. Cette double vie, entre arbitrage de haut niveau et gestion des affaires publiques locales, témoigne d’une force de caractère et d’un sens du devoir hors du commun.
De la blessure à la révélation : les débuts d’une vocation
Comme la majorité des passionnés du ballon rond, l’histoire de Benjamin Lepaysant commence sur la pelouse, les crampons aux pieds. Dès l’âge de six ans, le jeune Normand chausse ses premières chaussures de football et foule les terrains de sa région, rêvant probablement de grandes compétitions. Mais le destin en a décidé autrement. À l’âge de dix sept ans, alors qu’il est en pleine progression, une grave blessure au genou vient briser net ses ambitions de joueur. Face à ce coup du sort qui aurait pu l’éloigner définitivement du sport, le jeune homme refuse de baisser les bras et fait preuve d’une résilience remarquable. Qu’à cela ne tienne, il choisit de rester au cœur du jeu en embrassant une nouvelle trajectoire : celle de l’arbitrage.
En 2006, alors qu’il entame parallèlement sa carrière professionnelle au sein de la fonction publique, il se présente et réussit l’examen obligatoire pour devenir arbitre officiel. Ce succès marque le point de départ d’une ascension fulgurante. Faisant preuve d’une grande maturité et d’une excellente compréhension du jeu, il gravit les échelons à une vitesse impressionnante. Du niveau du district local aux compétitions de niveau fédéral, ses compétences techniques et son autorité naturelle font l’unanimité auprès des instances de notation.
Il se remémore ses premiers pas dans le monde exigeant du football national avec une grande netteté :
« Je me vois encore commencer mon premier match à ce niveau. C’était à Concarneau, en CFA, l’équivalent de la quatrième division… » confie-t-il.
Cette première expérience dans l’élite amateur valide son potentiel et lui ouvre les portes du professionnalisme. Entre 2016 et 2018, l’arbitre normand franchit un nouveau cap décisif en intégrant le corps des arbitres du championnat National, où il officiera durant deux saisons pleines. Sa rigueur est rapidement récompensée : en janvier 2018, il est désigné pour diriger son tout premier match de Ligue 1, une affiche prestigieuse opposant les formations de Guingamp et de Lyon.
Les sommets du professionnalisme et un moment d’histoire avec Lionel Messi
Ce premier match au sein de l’élite absolue du football français marque le début d’une nouvelle ère pour le directeur de jeu normand.
« C’est alors le début d’une aventure extraordinaire au très haut niveau », raconte-t-il, ému.
Pendant six longues années, il atteint ce que de nombreux arbitres considèrent comme le Graal absolu de leur profession. Il devient un arbitre central régulier et respecté des joutes de la Ligue 2, tout en endossant fréquemment le rôle crucial de quatrième arbitre sur les pelouses de la Ligue 1. Cette position privilégiée lui permet de côtoyer les plus grandes stars de la planète football et de participer à des rencontres à la tension dramatique exceptionnelle.
C’est précisément dans ce cadre qu’il va inscrire indirectement son nom dans l’histoire du football international en France. Le 29 août 2021, Benjamin Lepaysant est désigné comme quatrième arbitre pour la rencontre de Ligue 1 opposant le Stade de Reims au Paris Saint Germain. Ce match suscite alors une attente médiatique planétaire sans précédent : c’est le jour choisi par le club de la capitale pour faire débuter sa nouvelle recrue historique, le septuple Ballon d’Or Lionel Messi.
Au cours de la seconde période, c’est à Benjamin Lepaysant que revient la tâche symbolique de manipuler le panneau d’affichage électronique pour acter l’entrée sur le terrain de la légende argentine sous ses nouvelles couleurs. Durant cette soirée mémorable, il gère également la présence et les mouvements d’autres monstres sacrés du football mondial tels que Kylian Mbappé ou Neymar.
« Ce sont des souvenirs qui marquent forcément un passionné de foot comme moi, assure-t-il. Tout comme celui du week-end dernier. Car j’ai eu la chance de donner le coup d’envoi de mon dernier match avec mes deux filles à mes côtés. C’est un moment absolument indescriptible et gravé à jamais dans ma mémoire et celle de mes proches. »
Le sifflet rangé, une nouvelle vie dédiée au bien public
Après vingt ans de bons et loyaux services, la page du football professionnel se tourne définitivement pour laisser la place à de nouveaux horizons tout aussi exigeants. La retraite sportive de Benjamin Lepaysant ne rime absolument pas avec inactivité. Le jeune retraité des terrains dispose d’un agenda particulièrement rempli, partagé entre ses obligations familiales, sa carrière professionnelle de technicien en développement durable au sein du ministère de l’Environnement, et ses nouvelles responsabilités politiques à la tête de la mairie de Biéville Beuville.
La transition entre la gestion d’un match de football professionnel devant des milliers de spectateurs et l’administration d’une commune de quatre mille habitants s’avère finalement plus fluide qu’il n’y paraît. Les compétences requises dans ces deux univers présentent des points de convergence flagrants, notamment en matière de leadership, de gestion du stress et de diplomatie.
« Je trouve d’ailleurs déjà beaucoup de similitudes avec l’arbitrage, conclut-il. Il faut là aussi prendre des décisions à la fois réfléchies et rapides, sans partir dans tous les sens pour ne pas s’essouffler trop vite ! »
Qu’il s’agisse de calmer la colère d’un capitaine d’équipe sur un terrain ou d’arbitrer les débats parfois animés d’un conseil municipal, les qualités de communication et d’impartialité de l’ancien arbitre constituent des atouts majeurs. Sa capacité à trancher dans l’urgence tout en restant fidèle aux réglementations et à l’intérêt général fait de lui un édile particulièrement armé pour faire face aux défis contemporains de sa commune. Sa carrière sur les terrains est désormais terminée, mais sa mission au service de ses concitoyens ne fait que commencer.
