Le système judiciaire français est confronté à une affaire majeure d’espionnage et de tentative d’assassinat politique sur son propre sol. Cinq années après l’agression particulièrement violente qui a visé le blogueur et opposant politique azerbaïdjanais Mahammad Mirzali, la justice française ouvre une séquence essentielle pour la protection des réfugiés politiques. À compter du mardi 26 mai 2026, 9 hommes de nationalité azerbaïdjanaise, soupçonnés de constituer le commando opérationnel et sa structure de soutien logistique, comparaissent devant la cour d’assises spéciale de Rennes. L’enjeu de ce procès dépasse le simple fait divers criminel pour toucher aux libertés fondamentales et à la capacité de dissidents étrangers à critiquer en toute sécurité des régimes autoritaires depuis le territoire de la République française.
La victime de cette tentative de meurtre, Mahammad Mirzali, est un jeune homme âgé de 32 ans qui a obtenu le statut de réfugié politique en France au cours de l’année 2015. Depuis son installation sur le territoire national, il anime activement un blog ainsi qu’une chaîne de diffusion sur la plateforme YouTube, des espaces de communication qui rassemblent plusieurs centaines de milliers d’abonnés et au sein desquels il formule des critiques extrêmement sévères à l’égard de l’administration et du régime politique du président Ilham Aliev. Cette liberté de ton lui vaut d’être la cible d’une traque internationale incessante, orchestrée par des agents ou des intermédiaires liés à son pays d’origine.
Un acharnement criminel et des agressions d’une violence extrême sur le sol français
L’agression survenue à Rennes n’est que le point culminant d’une série de tentatives d’élimination physique subies par le dissident depuis son arrivée en Europe. Dès le mois d’octobre 2020, Mahammad Mirzali avait été la cible d’une première attaque par arme à feu dans les rues de la ville de Nantes. Il avait alors survécu par miracle après avoir reçu un projectile balistique au niveau de l’épaule. Moins d’un an plus tard, le 14 mars 2021, une nouvelle équipe de tueurs passait à l’action avec une violence décuplée.
Au cours d’un entretien accordé aux équipes de télévision de la chaîne France 24, Mahammad Mirzali a décrit l’horreur de cette seconde agression :
« L’un d’eux a mais sa main dans ma bouche et me tirait par la bouche. Peut-être qu’il voulait me couper la langue ou me décapiter. Je pense qu’ils voulaient couper ma tête et la prendre avec eux ».
Cette attaque à l’arme blanche s’est soldée par une quinzaine de blessures graves par lame réparties sur les mains, les jambes et la hanche du blogueur.
Depuis cette tentative d’exécution de mars 2021, la vie quotidienne de Mahammad Mirzali a été radicalement bouleversée. Afin de garantir son intégrité physique face à des menaces de mort persistantes, l’État français lui accorde une protection policière permanente 24 heures sur 24. Le dissident est contraint de résider au sein d’un hébergement confidentiel dont la localisation exacte demeure tenue secrète par les forces de sécurité. Son conseiller juridique, Henri Carpentier, souligne que l’ouverture de ce procès engendre une vive anxiété chez son client, ce dernier ayant la certitude absolue que les velléités d’élimination à son encontre ne s’arrêteront pas avec le verdict de la cour d’assises.
Le profil des accusés et la traque des commanditaires de haut niveau
Le box des accusés de la cour d’assises spéciale de Rennes, une juridiction composée exclusivement de magistrats professionnels pour faire face aux risques terroristes et criminels d’envergure, réunit des profils complexes. Le principal suspect identifié par les services de police judiciaire est un individu d’une trentaine d’années qui avait été initialement appréhendé en possession d’un passeport moldave falsifié établi sous l’identité d’Andrei Topal. Les investigations policières ont permis d’établir que sa véritable identité est Emin Qasimov, un ressortissant azerbaïdjanais affilié à une organisation criminelle de la mafia russophone connue sous la dénomination des voleurs dans la loi.
Les charges retenues et l’organisation du procès se déclinent ainsi :
-
L’accusé Emin Qasimov et un de ses complices directs doivent répondre devant la justice du chef d’accusation de tentative de meurtre en bande organisée, une qualification criminelle passible de la peine de réclusion criminelle à perpétuité.
-
Un troisième membre présumé du commando opérationnel ayant participé aux violences physiques est actuellement en cavale et fait l’objet d’un mandat d’arrêt ; il est jugé par contumace en son absence.
-
Les 6 autres personnes présentes dans le box des accusés sont poursuivies pour des faits de complicité et de participation à une association de malfaiteurs, ayant fourni l’appui logistique nécessaire aux exécutants.
La question des donneurs d’ordres financiers et politiques se trouve au centre de toutes les attentions de la cour et des observateurs internationaux. Si l’appareil judiciaire français n’est pas parvenu à désigner nommément et formellement les cerveaux de cette opération dans ses ordonnances de renvoi, la défense de la victime n’émet aucun doute sur l’origine des fonds et des ordres. Henri Carpentier affirme de manière catégorique que la source de ces attaques provient du plus haut niveau en Azerbaïdjan, expliquant que ce ne sont pas les opinions personnelles du blogueur qui étaient visées, mais bien sa capacité à dévoiler des scandales financiers et politiques liés aux cercles du pouvoir de son pays d’origine.
Antécédents de torture et condamnations politiques par contumace
L’acharnement des autorités de Bakou à l’encontre de Mahammad Mirzali s’est également manifesté par l’utilisation de l’appareil policier et judiciaire officiel sur le territoire azerbaïdjanais avant son exil. Le blogueur a partagé les détails des sévices physiques subis au cours d’une période de détention survenue pendant l’année 2014, au cours de laquelle il avait été condamné à une peine de 20 jours d’emprisonnement en raison de ses activités militantes.
L’opposant Mahammad Mirzali a décrit les méthodes de torture psychologique et physique employées par les forces de l’ordre locales :
« Ils me frappaient les pieds avec une matraque, et le ventre aussi ».
Il a précisé que ces séances de violence caractérisée étaient directement supervisées par le responsable du commissariat de l’époque. Ce haut fonctionnaire, loin d’être sanctionné pour ces agissements, a par la suite bénéficié d’une promotion hiérarchique majeure pour prendre la direction de la lutte anti-drogue en Azerbaïdjan. Le policier l’avait menacé d’une agression sexuelle filmée à l’aide d’une bouteille afin de briser sa volonté et de le contraindre à cesser définitivement toute critique publique à l’égard de la famille du président Ilham Aliev.
La répression institutionnelle s’est poursuivie à distance au-delà des frontières de l’Europe. Au cours de l’année 2025, les tribunaux de la République d’Azerbaïdjan ont prononcé à l’encontre de Mahammad Mirzali une condamnation par contumace à une peine de 6 ans et demi de prison ferme. Cette condamnation politique démontre la continuité des procédures engagées par le régime de Bakou pour neutraliser la voix de ses opposants à l’étranger. Les débats devant la cour d’assises spéciale de Rennes doivent se prolonger jusqu’au 12 juin, sous une surveillance policière exceptionnelle destinée à parer toute tentative de perturbation ou d’agression au sein de l’enceinte judiciaire.

Débat autour de la tournée de Patrick Bruel : Sandrine Rousseau réclame l'annulation des représentations pour protéger les travailleuses du spectacle